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Bertrand Blier


Filmograghie:

Bertrand Blier

Né le 14 mars 1939 à Paris, fils du célèbre comédien Bernard Blier, Bertrand Blier a vu s'ouvrir devant lui, très tôt, les portes de la carrière cinématographique. En effet, ses études secondaires à peine terminées, Bertrand est déjà assistant de John Berry qui tourne OK MAMBO (1959) : il a tout juste vingt ans ! Puis il apprend son métier de cinéaste aux côtés de réalisateurs éprouvés tels que Georges Lautner, Jean Delannoy, Denys de La Patellière ou Christian-Jaque.

Dès 1962, Bertrand Blier décide de passer à la réalisation. Il parcourt la France pour recueillir les témoignages de dizaines de jeunes sur leur vécu quotidien et l'idée qu'ils se font de leur avenir. Le résultat, HITLER, CONNAIS PAS!, exercice de cinéma-vérité, sans concessions, démontre que le cinéaste n'entend pas se couler dans un moule à la mode, en l'occurrence celui de la "Nouvelle Vague", mais ambitionne plutôt de créer un cinéma qui n'appartienne qu'à lui.

Bertrand Blier écrit de nombreux scénarios - dont une adaptation de "L'Écume des jours" de Boris Vian - qui resteront dans ses tiroirs. L'un d'entre eux, toutefois, récit d'espionnage traditionnel d'apparence, trouvera un producteur. Sorti en 1967, sous le titre explicite de SI J'ÉTAIS UN ESPION, cette plongée dans l'univers froid et inhumain des polices parallèles se voulait aux dires de son auteur, une "réflexion sur le racisme" bien loin des "James Bond" ou des "barbouzes" tant appréciés à l'époque…

Puis de 1967 à 1974, c'est la "traversée du désert" avec, pour seul oasis, l'écriture, en 1970, du scénario de LAISSE ALLER... C'EST UNE VALSE de Lautner. "Soudain, j'en ai eu marre. Et LES VALSEUSES est né de cette colère." (Bertrand Blier). D'abord roman, puis film, LES VALSEUSES fut un triomphe qui fit de son trio de jeunes interprètes, Gérard Depardieu, Patrick Dewaere et Miou-Miou, un trio de vedettes. "Conçu comme un attentat délibéré contre le public", ce film souvent rejeté par la critique pour vulgarité, imposa l'image d'un Bertrand Blier non conformiste et provocateur.

CALMOS est une charge antiféministe ne reculant devant aucune outrance. Pour PRÉPAREZ VOS MOUCHOIRS, Blier retrouva son tandem fétiche Depardieu-Dewaere, aux prises, cette fois, avec Carole Laure. Le film reçut l'Oscar 1979 du meilleur film étranger et un bon accueil en France.

BUFFET FROID, "objet terriblement insolite" ("Le Matin"), "extrapolation poussée jusqu'à l'absurde des travers qui hantent notre propre société" ("Témoignage chrétien"), fut mal compris du public; il préféra BEAU-PÈRE, que Blier adapta de son propre roman. En revanche, la critique, qui avait apprécié le premier, bouda le second.

LA FEMME DE MON POTE, huis-clos psychologique, avec Coluche, Isabelle Huppert et Thierry Lhermitte, surprit tous ceux qui espéraient un film comique traditionnel. Même malentendu avec NOTRE HISTOIRE - César 1984 du scénario, comme BUFFET FROID en 1979 - qui fit d'Alain Delon, le viril héros de tant de polars, un alcoolique sur le retour, battu, cocu et malheureux... Bertrand Blier souligne : "Un des devoirs du cinéma est de secouer", mes films sont "(...) des suites de variations sur la bêtise".

Il lance en 1986, une nouvelle provocation : Depardieu, séduisant Michel Blanc dans TENUE DE SOIRÉE! Ce film obtient d'ailleurs un immense succès public, et permet à Michel Blanc d'obtenir un prix d'interprétation masculine au festival de Cannes.

Grand succès commercial, TENUE DE SOIREE (1986), en dépit de ses huit nominations, n’avait obtenu aucun César. En revanche, TROP BELLE POUR TOI, onzième long métrage de Bertrand Blier, en reçut cinq: meilleur film, meilleur scénario, meilleur réalisateur, meilleure actrice (Carole Bouquet) et meillleur montage (Claudine Merlin). Un triomphe, donc, pour ce film dont le style et le mode de narration bousculent pourtant les habitudes du spectateur. En effet, Blier procède ici en poète plutôt qu’en narrateur, mélangeant avec brio le passé et le présent, les fantasmes et la réalité, privilégiant, dans le choix et l’agencement des images, les analogies, les associations d’idées, les rimes visuelles et sonores, sur une construction dramatique logique. Le public a suivi massivement puisque 600 000 spectateurs, rien qu’à Paris, se sont plongés dans l’univers atypique d’un cinéaste lui-même surpris par ce résultat : "Je pensais avoir fait un film d’auteur à vocation de joli petit succès. Je ne pensais pas avoir fait un film populaire comme il l’a été. Alors, ça m’a ouvert un boulevard".

MERCI LA VIE, amorce un tournant dans son œuvre. En effet, jusqu’à TROP BELLE POUR TOI, dont le héros (Gérard Depardieu) est partagé entre deux femmes qu’il aime autant mais ne sait rendre heureuses, on pouvait taxer le cinéaste d’une misogynie certaine. Dans nombre de ses films (LES VALSEUSES, CALMOS, PREPAREZ VOS MOUCHOIRS, NOTER HISTOIRE, TENUE DE SOIREE), les hommes, machistes jusqu’à la caricature, apparaissent victimes d’une gent féminine dont, faute de la comprendre, ils sont les pitoyables jouets. Avec MERCI LA VIE, les femmes prennent le pouvoir – et vont le garder – dans l’univers de Bertrand Blier. A partir d’une idée simple, la rencontre de deux filles (Anouk Grinberg/Joëlle et Charlotte Gainsbourg/Camille), l’une qui a tout vécu et l’autre rien, le cinéaste confronte ses héroïnes à un monde en proie à la peur, de l’autre, de la violence, de la guerre, du sida. Pour exprimer l’affrontement entre la mort omniprésente et la vie qu’incarnent Joëlle et Camille, Blier va encore plus loin dans le refus des règles de la dramaturgie traditionnelle : "Le réalisme on s’en fout, la logique on s’en fout, la psychologie est aux chiottes. Qu’est-ce qui reste ? Du cinéma pur".

Le public suit encore (325 000 entrées en exclusivité parisienne) mais avec un début de réticence qui se confirmera vis-à-vis d’UN DEUX TROIS SOLEIL, qui ne rassemblera que 130 000 spectateurs. Et pourtant, avec ce film bourré de tendresse, apaisé, ensoleillé – bien que les banlieues, avec leurs problèmes d’immigration, de racisme et de violence, lui servent de toile de fond – Blier semble revenir à une narration plus classique. "C’est l’histoire d’une fille qui cherche un papa et une maman" résume le cinéaste, qui fait encore appel à Anouk Grinberg, devenue sa compagne et sa muse, pour incarner son héroïne. Le relatif échec du film fut mal vécu par son auteur : "Le concept de UN DEUX TROIS SOLEIL a donné aux spectateurs l’envie de s’enfuir. L’idée de voir des pauvres, ça les a gonflés. Ils n’ont pas eu envie de voir le film".

L’héroïne de MON HOMME, une prostituée au grand cœur, est à nouveau interprétée par Anouk Grinberg, que son metteur en scène et compagnon définit ainsi : "C’est une co-équipière de première grandeur; plus c’est dangereux, plus elle godille. (…) Si je ne la connaissais pas, je passerais mon temps à la chercher". Ce film, plus pudique qu’il n’y paraît, sur le plaisir sexuel et le sentiment amoureux, n’a pas permis à Bertrand Blier, avec ses 150 000 spectateurs parisiens, de retrouver la faveur du grand public. Le cinéaste prend alors quelque distance avec son art. Congé qu’il met à profit pour écrire un roman, "Existe en blanc" (un fétichiste du soutien-gorge assassine ses maîtresses qui l’enlèvent devant lui !), et une pièce, "Les Côtelettes" (1997), interprétée par Philippe Noiret et Michel Bouquet, qui vaudra à ce dernier le Molière du meilleur acteur. Il revient au 7e art, en l’an 2000, avec LES ACTEURS, où pratiquement tous les grand noms du cinéma défilent devant sa caméra. Ce film inclassable, qui se veut un hommage drôle et plein de tendresse aux acteurs est le quinzième long métrage, en 37 ans de carrière, de Bertrand Blier, cinéaste provocateur dont la tendresse porte le masque de l’insolence.


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